#Dyablès, les débuts d’une saga fantastique ?

Bon, cela fait plus d’un an que Dyablès est sorti. J’ai finalement vaincu ma réticence à faire des achats par internet et je me suis commandé le roman pour mon anniversaire. Il est arrivé deux jours après. Emballé dans un paquet cadeau avec un petit mot ! Merci encore au passage ♥. I’m bragging a little, but let a girl be happy, okay ?

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Ceci étant dit, cela n’a pas influencé mon jugement ni ce que je vais dire. Pour ceuxcelles qui suivent le blog, vous savez que je ne dis pas grand chose quand j’aime. Je me contente de savourer le moment de divertissement. J’ai commencé le roman avec enthousiasme. Je l’ai terminé avec un enthousiasme du même degré mais pour des raisons complètement différentes. J’essaye de ne pas trop spoiler, mais je veux quand même évoquer certains aspects du roman que j’aurais bien voulu connaître avant ma lecture pour avoir les bonnes attentes.

Femmes badass mais…

J’ai commencé Dyablès dans l’idée que ce serait le parcours typiquement initiatique d’un ado… C’est ce que le résumé sur le dos du livre laisse entendre. MAIS comme le pitch est toujours dans la veine : “et si les femmes décidaient de se venger des hommes qui les ont violentées ?”, j’étais aussi dans l’idée qu’il y avait des personnages féminins forts. En fait, j’ai trouvé que l’auteur apporte beaucoup d’attention à la psychologie des personnages masculins, à leur regard sur le monde, mais les personnages féminins… ont une (re)présentation assez clichée. Gabriyel et Jésika sont cool. Physiquement, elles sortent effectivement des stéréotypes de la beauté noire en fiction (“yaaaas queen”). Par contre, elles ne sont pas autonomes. Neuf fois sur dix, leurs actions, leurs pensées, leurs descriptions, leurs souvenirs sont liés aux hommes. Oui, je sais, elles sont présentées comme indépendantes… mais il n’empêche que le roman donne plus d’occasions aux personnages masculins d’exister de façon active. L’éternelle opposition de la frivole et de la sérieuse doublement matérialisée par la trajectoire du personnage d’Oliviyé…

Moi à chaque fois que le fvckboi apparaît sur ma page
Moi à chaque fois que le fvckboi apparaît sur ma page

Et même la force du sisterhood passe par l’illustration d’une relation en déséquilibre.

can't two sisters be sisters?
can’t two sisters be sisters?

Ceci dit, peut-être que mon jugement est erroné sur ce point parce que l’histoire n’est pas terminée, donc il est difficile d’avoir une vue d’ensemble sur les relations entre personnages. Le traitement des personnages féminins, du sisterhood (j’attends du développement pour Yolèn) est donc la seule réserve que j’émettrais pour l’instant. Si on arrive à la fin et que je me rends compte que finalement, les femmes n’ont pas eu de rôle actif et que les gars ont fait tout le taff pour sauver le monde…

Nuh uh
Nuh uh

Mais n’anticipons pas. Nous avons encore quelques mois avant de d’avoir la réponse. En attendant, passons à ce qui m’a réellement enthousiasmée.

Perfect lokalisation is perfect

L’utilisation exclusive du créole permet d’entrer directement dans cet univers. Tous les personnages s’expriment en créole, même un qui m’a laissée dubitative (quand vous lirez, vous le reconnaîtrez tout de suite et vous comprendrez pourquoi). Sur les 250 et quelques pages, je n’ai pas trouvé une seule situation comique, mais je me suis retrouvée à sourire et à secouer la tête avec amusement à cause des expressions que seul le créole rend possible. Il y a quelques expressions que j’entends depuis mon enfance, mais TiMalo fait vivre aussi un créole du 21ème siècle. La lokalisation passe également par une balade dans la Guadeloupe. On part de Bouillante à Basse-Terre pour aller à Moule en Grande-Terre en passant par Pointe-à-Pitre et les Abymes.

moi quand je reconnais un lieu
moi quand je reconnais un lieu

L’écriture cinématographique

Le créole est une langue imagée qui me semble particulièrement adaptée pour faire vivre une lecture, casser la monotonie des plus simples descriptions. Néanmoins, dès la fin du second chapitre, je me suis dit “okay, ce n’est pas un roman, c‘est vraiment un scénario de film très détaillé“. A part peut-être les quelques petites interventions de l’auteur pour nous dire littéralement l’effet qu’il recherche dans une scène, cela ne gêne pas la lecture… si on est adepte de la narration du point de vue externe et du changement de point de vue. Ce n’est pas mon cas, j’aime quand l’histoire se raconte d’un seul point de vue ou, du moins, qu’il n’y ait pas de changement de point de vue à l’intérieur du même chapitre surtout quand c’est un personnage qui ne m’intéresse pas. Ce fvckboi ugh, ce personnage qu’on aime détester. D’ailleurs, ce recours aux changements de point de vue entraîne des répétitions qui passeraient probablement moins bien pour celui qui arrive à suivre l’histoire sans avoir besoin de faire de retour en arrière parce qu’il n’a pas compris une phrase. Sur la fin du livre, où ces changements se font plus rapidement, ces répétitions m’ont servi à rester dans la situation sans me demander “pourquoi il/elle dit ça déjà ? Qu’est-ce qui s’est passé déjà pour qu’il/elle ait cette réaction ?”. Je ne sais pas si quelqu’un entraîné à lire le créole ne verrait pas plutôt ces répétitions comme un défaut. Cependant, ici, ça passe parce que ces changements de points de vue correspondent juste aux mouvements d’une caméra voire même au montage final suivant le jeu de regards des personnages d’une scène.

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Le rythme

Comme je l’ai dit, tout est structuré comme un film (même s’il faudrait probablement changer l’agencement de la première partie pour une adaptation sur grand écran). Les répétitions ou le manque d’informations n’auraient pas lieu d’être si tout était en images. Quand je dis manque d’informations, je parle de la discrétion des marqueurs temporels qui empêchent d’avoir une idée précise sur le temps qui passe, d’autant plus que la première partie du roman s’étend sur plusieurs semaines voire mois et la seconde partie est sur deux jours. J’ai d’ailleurs eu du mal à faire acte de ma suspension d’incrédulité par rapport au huis clos qui est créé de façon superficielle, en laissant de côté les conséquences réalistes qu’il aurait dû entraîner. Mais en même temps, il y a ce côté “on est en Guadeloupe, tout est possible”. Le démarrage est plutôt lent parce qu’il y a une galerie de personnages et l’introduction du mystère autour de la Dyablès se fait de manière saccadée. De ce fait, les informations pour le lecteur sont plutôt dispersées et difficiles à connecter. Il y a des explications faites à retardement sur des événements ou la psychologie des personnages à un moment où elles ne sont limite plus nécessaires. La tension monte donc progressivement et l’aspect thriller fantastique ne commence réellement qu’à partir de la seconde partie. Pas de fin ouverte où le lecteur peut partir des réponses apportées pour continuer lui-même l’histoire. C’est une fin qui annonce une suite dont l’intensité devrait monter d’un cran.

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Dyablès ne fait qu’effleurer l’univers que Timalo est en train de construire. Les personnages font des prédictions sur l’état de la situation. Le défi sera de proposer des explications cohérentes. J’ai hâte de me plonger dans la suite. Je sais qu’un roman m’a plu quand une de ces trois choses se produit : j’ai envie de me remettre à écrire, j’ai envie que ce soit un film et je commence le casting dans ma tête, je ralentis ma lecture parce que je n’ai pas envie de quitter l’univers. Dyablès m’a donné un mix des trois.

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