[Review] Les couleurs de la liberté – Saison 1

J’espère vraiment que la saison 2 sera doublée et diffusée. Je l’ai regardé en VO en accéléré alors que je ne parle même pas portugais, c’est pour vous dire à quel point j’ai accroché !

Les couleurs de la liberté était l’une des telenovelas à succès de 2012 – 2013. Certes, il y avait les secrets, les plans de vengeance, les affaires extra-conjugales, l’opposition entre les riches toujours méchants et cruels face aux pauvres justes et bons. C’est qu’on aime dans les telenovelas. Celle-ci va quand même au-delà pour s’intéresser aux problématiques de race, de genre, de classe et d’âge dans une approche intersectionnelle comme Isabel qui cumule le fait d’être métisse, fille d’esclave, pauvre, mère célibataire ou Zé Maria qui cumule le fait d’être Noir, pauvre, capoeriste dans une société brésilienne qui entre dans le XXe siècle. Les mutations politiques, économiques et sociales de la République balbutiante se traduisent par l’organisation d’un système tout aussi inégalitaire et injuste que le système esclavagiste. L’intrigue est d’autant plus audacieuse qu’elle montre qu’il ne suffit pas de proclamer une République prônant la liberté et l’égalité pour que cela soit vrai.

justsaying

Ma seule critique serait par rapport aux personnages liés au théâtre comme Diva, Mario, Neusinha, Keke. Leurs intrigues secondaires étaient d’une lenteur et d’une redondance. Filler time was filler time. C’est probablement dû au remontage pour la diffusion française au format 90 minutes alors que les épisodes sont sur le format 36 minutes à la base, mais même… Et pourtant, ces personnages sont plutôt sympathiques. C’est juste qu’ils ralentissaient trop l’intrigue à mon goût. A part eux (bon si quand même, je les ai aimés, faut pas croire), j’ai adoré tous les personnages. Certes, c’est un monde manichéen. Les gentils du début restent les gentils à la fin. Les méchants du début restent les méchants à la fin, mais leurs méfaits ne restent pas impunis. La fiction explore chaque opposition en donnant les points de vue des uns et des autres. En revanche, même si certains dialogues étaient à la limite d’avoir un hashtag sur l’écran pour te dire “nousprêchonslabonneparoledelajustice”, j’ai particulièrement adoré le fait que les personnages principaux transcendent leur condition par eux-mêmes. Certes, les personnages secondaires comme Diva, M. Alfonso et Jurema jouent à fond leur rôle de soutien, mais les personnages agissent et conquièrent seuls les obstacles. Et avec panache, s’il te plaît. Par exemple, Zé et Isabel auraient facilement pu être un Marty Stu et une Mary Sue. Cependant, ils commettent des erreurs, expriment des regrets, donc il y a un équilibre entre leurs bonnes actions basées sur leur foi en la justice et leurs actions personnelles dans les relations humaines où il leur arrive de blesser les personnes qu’ils aiment. De même, Edgar et Laura auraient pu tomber dans la caricature du white savior, mais ce n’est pas du tout le cas. Ils sont attentifs aux difficultés de ceux issus d’une classe moins aisée que la leur. Ils ne s’excusent pas d’être riches mais ils ne méprisent pas les autres. Ce sont des personnages avec des convictions et ils apportent leur soutien uniquement quand on le leur demande. Et les histoires d’amour, on en parle ou… ?

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Les histoires d’amour étaient parfaitement parfaites avec des personnages féminins forts, autonomes et indépendants. C’est d’autant plus symbolique parce que l’histoire se déroule au début du 20ème siècle. Aucune femme (même celles de la génération des quadragénaires et plus) n’est à la botte d’un homme. Là où les quadragénaires devaient dissimuler le fait qu’elles manipulaient les hommes pour faire ce qu’elles voulaient, les jeunes femmes ne prennaient pas de gants.  Non seulement elles affirmaient être égales aux hommes, agissaient comme leurs égales, et les hommes réussissaient à accepter (parfois avec réticence parce que c’est dur dur d’oublier sa mentalité de macho) de ne pas être le centre du monde de ces dames. Le Bisounours en moi était aux anges. J’étais fan non pas d’une mais des deux histoires d’amour principales ! C’est tellement rare. J’étais #teamtoutlemonde. Avec une petite préférence pour Laura et Edgar simplement à cause de la musique. Le directeur musical a trop bien choisi leur chanson-thème qui reflète la douceur et le côté taquin de leur relation.

Dès que j’entendais les premières notes, j’avais le sourire jusqu’à la racine des cheveux (si si, c’est pour vous dire à quel point j’ai aimé ce ship). L’amour entre Zé et Isabel était d’une telle intensité aussi. Leur chanson-thème me donnait un pincement au coeur (dans le bon sens du terme) parce que leur relation était basée uniquement sur la force de leurs sentiments sans aucune dimension charnelle. Et je dis oui ! Mille fois oui à cette représentation de l’amour !

Ah, dernière chose : pourquoi les VF modifient les voix à ce point ? Je pense aussi que c’est pour ça que j’avais du mal avec les personnages du théâtre. Leur VF est surjouée et ne correspond pas du tout à la VO. J’ai été choquée quand j’ai entendu la voix de Diva Celeste. Elle a une voix même plutôt sexy. Pourquoi la VF massacre les voix, pourquoi ?

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Bref, Les couleurs de la liberté s’attaque à des sujets toujours d’actualité comme l’émancipation des femmes, la critique du racisme institutionnel, du racisme individuel. Même les clins d’oeil pour apporter la touche d’humour montrent les enjeux de genre, de classe, de race comme la pratique du football qui était un sport d’hommes riches à la base, les femmes qui n’avaient pas le droit de montrer leurs jambes à la plage alors que quand on dit Brésil aujourd’hui, le premier cliché, c’est la fille en bikini string. J’ai été particulièrement sensible à la mise en lumière positive du candomblé avec Isabel qui ne voit pas d’incompatibilité entre la religion de ses racines africaines et le Dieu du christianisme qu’elle accepte complètement. Alors, certes, quand on connaît le colorisme qui sévit au Brésil, et si on veut vraiment chercher la petite bête, on peut se poser la question : l’intrigue aurait-elle été la même si Isabel n’avait pas été métisse (blanc+noir) ou en tout cas avec la peau de Zé ?.. Peut-être que oui, peut-être que non. Cependant, je ne crois pas que c’était une question de couleur mais bien de classe sociale avant tout dans le contexte de l’intrigue. Isabel se voit Noire et elle vit sa vie comme une Noire. Son personnage n’a pas de questionnement sur son identité et n’envie pas le monde des Blancs parce qu’elle sait qui elle est et en est fière. Elle veut se faire une place sans faire de compromis sur son identité. D’ailleurs, le titre français fait référence à la couleur alors que le titre original se traduit par “côte à côte”, donc on voit tout de suite sur quoi la perspective française met l’accent. Quoiqu’il en soit, d’ici là que la télévision française me donne une série qui traite de ces thèmes sans utiliser d’oeillères, je me contenterai des Couleurs de la liberté.

Pour finir, voici la bande-annonce officielle avec les sous-titres en anglais, mais c’est littéralement le résumé de TOUTE l’intrigue, fin y comprise, donc SPOILER ALERT ! (ceci dit, vous ne saurez pas comment finissent les méchants, mais je peux vous dire que c’est jouissif)

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