The Book of Negroes, Underground, les femmes dans la représentation de l’esclavage

Après avoir remonté le temps en partant des Antilles des années 2000 avec Nèg Maron pour arriver aux Antilles du XVIIIe siècle avec Tropiques amers et Case Départ, faisons une escale du côté de l’Amérique du Nord avec The Book of Negroes (2015) et Underground (2016). Alors que la saga Roots fête ses 40 ans l’année prochaine et que son reboot 2016 sera diffusé dans quelques jours, la production nord-américaine sur la question de l’esclavage aux Etats-Unis continue d’explorer le sujet dont le système de représentation évolue.

Production canadienne et adapté du best-seller du même nom, The Book of Negroes raconte l’histoire d’Aminata Diallo. Capturée enfant en Afrique de l’Ouest, elle est vendue comme esclave en Caroline du Sud. Elle n’aura de cesse de se battre pour retourner chez elle et empêcher que d’autres personnes subissent le même sort qu’elle. Underground est un feuilleton états-unien racontant la fuite d’un groupe d’esclaves de la plantation Macon et qui tentent de gagner le Nord pour être libres.


Je sais qu’il s’agit de feuilletons récents, donc j’ai rédigé l’article de façon à ce que ceux qui ne veulent pas de spoiler ne soient pas surpris. J’appuierai mon propos sur les vidéos promotionnelles et les infos des pages Wiki. Pour les exemples spoiler tirés directement d’un épisode, il suffira de surligner l’espace pour faire apparaître le texte. Tropiques amers ayant été rediffusé la semaine dernière et ces trois feuilletons appartenant à la même décennie, je l’utiliserai également en tant que point de référence pour montrer la différence entre l’approche française et l’approche nord-américaine dans la représentation de l’esclavage. Un petit TW quand même, car j’aborde la question du viol.

Comme Tropiques Amers, les feuilletons The Book of Negroes et Underground commencent à quelques années de périodes charnières dans l’histoire politique du pays concerné : la guerre d’indépendance dans le premier cas et la guerre de Sécession dans le second. Le rapport à l’Afrique permet une nouvelle fois de souligner la transformation de la perception que les Noirs ont d’eux-mêmes. La représentation de “l’esclave africain déraciné” au XVIIIe siècle comme Aminata s’articule autour du désir de “rentrer à la maison” parce qu’ils font partie d’une génération qui sait encore précisément d’où elle vient… Même si la transition a déjà commencé, comme le dit l’esclave à Aminata en lui disant d’oublier l’Afrique et qu’elle est désormais chez elle ici c’est-à-dire sur la plantation. La représentation à peine un siècle plus tard dans Underground est désormais celle de “l’esclave noir américain” comme Noah et Rosalee qui ont passé toute leur vie à trimer sur une plantation. La liberté pour eux est d’être libre dans le pays où ils sont nés et, comme Noah le rappelle, qu’ils aident à construire.

Contrairement à ce que le poster d’Underground peut laisser supposer, Underground repose avant tout sur les actions des femmes, tout comme dans The Book of Negroes. Alors qu’Adèle et les autres esclaves de Tropiques amers (TA) n’ont de raison d’être dans l’histoire que par rapport à la vie des maîtres, la narration de The Book of Negroes (TBON) et Underground (UGD) reste centrée sur les esclaves. Les digressions avec les personnages non-esclaves placent ces derniers en position d’alliés c’est-à-dire que leur rôle dans l’intrigue est uniquement de soutenir et d’aider les esclaves quand nécessaire, ou en position d’antagonistes c’est-à-dire qu’ils empêchent les esclaves d’atteindre leur but. No white tears allowed est le maître d’ordre. Ces deux feuilletons n’ont pas pour but de diaboliser les Blancs, mais de mettre en lumière les esclaves par leur statut de victimes qui résistent à l’oppression. Ainsi, la représentation de l’esclavage se dessine par le corps, le coeur et l’esprit des personnages d’esclaves femmes.

Le corps des femmes

Comme dans Tropiques amers ou dans toute autre série, la coiffure et les habits sont les premières caractéristiques visuelles. On constate que les femmes esclaves portent aussi le headwrap. Il reste un symbole africain pour Aminata dans TBON, un symbole qu’elle ne porte pas quand elle est de retour dans son village. Elle n’en a plus besoin parce qu’elle a retrouvé ses racines alors se distinguer de la sorte perd son sens. Ainsi, parmi les siens, elle marque sa différence cette fois-ci en étant habillée à mode occidentale masculine. D’ailleurs, il est intéressant de noter que l’affiche promotionnelle ci-dessus la présente avec une coiffure qu’elle ne porte pas dans le feuilleton où elle a toujours les cheveux attachés (ou très courts à une période). UDG utilise davantage le headwrap comme un signe distinctif entre les esclaves des champs, celles qui ramassent du coton, et les esclaves de maison, celles qui, tête nue, servent le maître et sa famille. Furtivement, vous pouvez apercevoir les enfants esclaves dans le champ de coton. La jeune Boo est aussi tête nue, donc le headwrap signe l’entrée dans le monde adulte pour les filles. Le statut d’esclave de maison permet à la mise en scène de jouer avec les cheveux de Rosalee coiffés de façon à refléter son état d’esprit : discipliné quand ils sont en chignon, fleur bleue quand ils sont ornés, combatif quand ils sont lâchés. Cependant, au-delà de la coiffure et du vêtement, ces feuilletons mettent d’abord en scène des corps meurtris.

Dans un feuilleton comme dans l’autre où il n’y a pas d’Oncle Tom, les hommes ne sont pas soumis et portent dans leur chair leurs blessures de guerre. [ Moses a perdu un oeil, Cato a une partie du visage brûlé, Noah se fait fouetter et ceux qui meurent au cours de la fuite le font en luttant jusqu’au dernier souffle. ] Cependant, les femmes esclaves ne sont pas épargnées. Leurs souffrances physiques sont utilisées pour montrer comment elles restent maîtresses de leur corps envers et contre tout. A mon sens, c’est l’une des principales différences avec TA pour ce qui est de l’utilisation de la violence sur les corps féminins. Les coups de Théophile sur Adèle et Rosalie, ou en tout cas les actions qu’il a sur leur corps, sont généralement un rappel à l’ordre pour des affaires d’ordre domestique et/ou sexuel. C’est d’autant plus ambigu que le feuilleton est même allé jusqu’à créer des situations où ce sont Rosalie et Adèle qui “offrent” leur corps à Théophile comme si la relation charnelle les replaçait dans un rapport de force où elles ont l’avantage ou sont à égalité avec lui, ce qui est faux… TBON et UGD ont la démarche inverse en explorant divers cas de figures où les femmes esclaves se réapproprient leur corps.

Pour Aminata, cela commence dès sa capture en Afrique où elle n’est encore qu’une enfant quand on lui met les chaînes. Par la suite, les situations servent à montrer comment elle reste propriétaire de son corps. Quand elle se marie et a un enfant avec Chekura, le fait de devenir mère d’un enfant dont le maître n’est pas le père est un acte de résistance parce que c’est dire au maître “mon corps ne t’appartient pas”, mais c’est aussi une souffrance psychologique parce que la mère se retrouve confrontée au paradoxe de donner la vie à un être qui est condamné à souffrir. [ La virginité d’Aminata constitue le premier arc dans la partie adulte de sa vie à partir du second épisode où Appleby lui tourne autour et la viole. Au lieu de filmer l’acte c’est-à-dire que la scène à l’écran ne va pas plus loin que le maître qui se jette sur elle, le feuilleton s’intéresse à l’après. La réaction d’anéantissement se manifeste par un corps qu’elle ne peut plus bouger seule parce qu’elle est encore sous le choc. Cependant, elle n’en parle jamais à Chekura et, quand elle se rend compte qu’elle est enceinte, espère juste qu’il est bien le père. D’ailleurs, il y a une scène dans l’épisode 2 où son maître, fou de rage de la voir enceinte, lui rase la tête devant tous les esclaves pour lui rappeler qu’elle lui appartient. ] A partir du moment où Aminata devient mère, peu importe les circonstances et malgré les tentatives pour l’asservir à nouveau, elle n’a plus aucune chaîne dans sa tête et plus personne ne lui dicte sa conduite. La question de la maternité est aussi abordée dans TA avec un rebondissement similaire sauf que, comme je l’ai dit, TA pense les personnages esclaves avant tout par rapport à Théophile et ne leur donnent des perspectives d’avenir que par rapport à lui. Les feuilletons nord-américains pensent d’abord du point de vue des personnages esclaves en tant qu’individus cherchant à se construire sans l’intervention du maître. Ainsi, pour en revenir à la maternité dans la représentation des femmes esclaves, les enfants incarnent justement le futur et les renvoient au fait qu’ils ne sont pas libres de leurs mouvements. Dans UDG, Rosalee se retrouve confrontée à ce désespoir d’une vie où la mort est alors accueillie comme une délivrance. [  Cependant, le déclic de se dire “je suis prête à mourir pour une autre vie” se fait quand elle reçoit des coups de fouet dans l’épisode 1, vraisemblablement pour la première fois de sa vie, à la place de son petit frère qui était sur le point d’être puni. La mise en scène n’utilise pas de subterfuge pour ménager le téléspectateur. Pas de gros plans sur le visage ou de longs plans sur les réactions des autres personnages pour adoucir la cruauté du moment. La caméra fait du téléspectateur le témoin impuissant de la scène. Les blessures que Rosalee porte aux avant-bras sont rappelées à des moments stratégiques lors de la première partie du feuilleton parce qu’elles servent de preuve visuelle que chaque esclave, qu’il travaille au champ de coton ou dans la maison, risque la mort à chaque instant. ] La bande-annonce fait de Noah le mastermind du projet de fuite mais montre en parallèle la prise de conscience de Rosalee considérant qu’elle n’a strictement rien à perdre à tenter de fuir pour être libre. Quand elle demande à sa mère si elle n’a jamais rêvé d’une autre vie et sa mère répond avoir rêvé de milliers de vies différentes, Rosalee est face au dilemme : une vie de servitude mais une vie quand même ou prendre le risque de mourir pour vivre enfin ? Tout au long du feuilleton, son corps est utilisé dans la mise en scène pour accentuer la tension. Dans les moments “calmes”, il rappelle les souffrances dues à l’esclavage. Dans les moments d’action, il peut être une entrave à la réussite du projet ou justement ce qui permet de dénouer une situation. D’ailleurs, dramaturgie oblige, elle est le véritable élément déclencheur du plan de Noah. La bande-annonce n’explicite pas pourquoi exactement, mais la raison se devine puisqu’il n’y a pas 10 000 raisons pour lesquelles une femme se retrouve apeurée, les habits déchirés et les cheveux défaits. [

Le viol des femmes esclaves est un recours narratif sur lequel il est difficile de faire l’impasse. Sur la question du viol, TA a joué la carte de l’ambiguïté parce que Théophile veut exercer son droit de cuissage avec Adèle qui, pour être sûre qu’il n’aura pas sa virginité, fait d’abord l’amour avec Koyaba qu’elle aime réellement. Cependant, quand Théophile se prépare à exécuter Amédée qui s’est rebellé, Adèle offre son corps et son âme à Théophile qui accepte le marché. A partir de là, Adèle agit comme la maîtresse de maison mais elle n’a jamais la main dans le rapport de force avec Théophile qui fait ce qu’il veut de son corps. D’ailleurs, ultime rebondissement ambigu sur le fait qu’Adèle n’est plus jamais maîtresse de son corps après la disparation du bébé qu’elle a eu avec Koyaba. Alors que tout le monde pensait Théophile stérile toutes ces années, Adèle apprend qu’elle est enceinte de lui au moment où il lui accorde la liberté en échange de la promesse qu’elle l’épouse et ne reparte pas avec Koyaba. Cette grossesse la sépare définitivement du grand amour de sa vie, mais aussi de son fils qui repart pour Saint-Domingue avec Koyaba. Ainsi, le feuilleton s’achève avec Adèle affranchie mais enceinte, donc liée à jamais à Théophile qui est tué par les autres colons pour avoir épouser une esclave. Dramaturgie dramatiquement much ? Par définition, la relation maître blanc-esclave noire n’est jamais d’égal à égale. Là où TA semble s’obstiner à apparenter l’obsession de Théophile pour Adèle à de l’amour, Underground montre et discute de la sexualité comme facteur de la violence psychologique sur les femmes qui s’accompagne d’une violence physique. La tentative de viol de Rosalee est filmée dans la pudeur puisque la caméra reste à l’extérieur de la maison d’où on entend les cris et les coups. Encore une fois, le téléspectateur est impuissant. Cependant, ce n’est que le lendemain matin que le téléspectateur découvre la façon dont Rosalee s’est défendue puisque son agresseur a passé la nuit à se vider de son sang. En revanche, la relation entre Ernestine, la mère de Rosalee, et Tom Macon, le maître de la plantation et père de Rosalee, pousse l’ambiguïté jusqu’au bout d’une relation bâtie sur l’asservissement de l’autre. Dans l’intimité, ils entrent dans un jeu de rôles où Ernestine peut se permettre de le gifler, a l’occasion de dire “non” et d’énoncer sa règle “c’est moi qui dis où et quand”… Le fait qu’ils soient théoriquement parents de deux enfants donne une autre dimension à leur rapport que le scénario désintègre consciencieusement pour arriver à l’ultime moment où Ernestine retire littéralement à Macon définitivement tout pouvoir sur son corps en disposant du sien. ] Ainsi, la représentation du corps des femmes esclaves s’articule autour du corps par la virginité, la maternité et la sexualité. Cependant, leur coeur compte également.

Le coeur des femmes

TA suit l’approche française dans la représentation de la famille des Noirs ou plutôt la non-représentation. Le feuilleton a trouvé toutes les raisons possibles d’un point de vue logique pour empêcher la mise en scène de l’amour entre un Noir et une Noire. La mère d’Adèle meurt et Koyaba s’enfuit, donc Amédée et Adèle se retrouvent seuls. L’enfant d’Adèle grandit loin d’elle. Rosalie finit par avouer ses sentiments à Amédée, mais elle est exécutée avant qu’ils ne puissent officialiser les choses. A l’inverse, TBON et UDG font de la famille d’esclaves le point de départ. Dans le premier cas, Aminata et Chekura se marient. Dans le second, la famille de Pearly Mae, Moses et leur fille Boo s’enfuient ensemble et Pearly Mae se sacrifie pour que son mari et sa fille aient une chance de retrouver la liberté. De son côté, Ernestine, fait rare, est mise en scène en tant que mère. Son personnage fait la synthèse de toute la difficulté que la maternité représente pour une femme esclave. Elle se trouve au centre de trois familles : [  son premier cercle inclut son fils Sam qu’elle a eu avec un esclave qu’elle a aimé et qui est mort ; son second cercle inclut Macon et les deux enfants qu’ils ont et qui gardent malgré tout un statut d’esclave comme elle ; son troisième cercle inclut la famille Macon dont elle a élevé les enfants comme s’ils étaient les siens et qui sont plus proches d’elle que de leur propre mère Mrs. Macon. ] Le fait que les personnages féminins se sacrifient pour les êtres aimés ne signifient pas pour autant qu’elles ne sont QUE dans l’émotion. Bien au contraire, ce sont des stratèges.

L’esprit des femmes

Déshumanisés, les esclaves sont pensés comme les animaux qui réagissent à l’instinct et qui, même instruits, ne peuvent penser par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Cependant, quand il s’agit des femmes esclaves, la représentation de l’instruction représente un double enjeu dans une société esclavagiste et patriarcale où la couleur de leur peau et leur sexe dictant le genre auquel elles sont assimilées les rendent, a priori, les moins aptes à avoir accès l’instruction. Pourtant, les personnages esclaves femmes de ces trois feuilletons sont instruits. TA n’insiste pas sur cet aspect, d’autant plus que nous partons du fait qu’Amédée sait déjà lire, écrire et compter. Le fait que l’instruction des esclaves ne constitue pas un enjeu dans la représentation française se voit surtout avec Adèle dont on ne sait absolument pas où, quand, comment elle a appris à gérer des comptes au point où elle se permet même de voler l’argent de Théophile qu’elle obtient en gérant une maison de jeu qu’il lui a confiée. Les feuilletons nord-américains mettent un point d’honneur à expliquer ou du moins suggérer comment un personnage esclave réussit à mener des activités intellectuelles pour son intérêt personnel que son statut social lui interdit.

Dans TBON, Aminata navigue dans la vie grâce à sa vivacité d’esprit. Comme je l’ai évoqué précédemment dans TA, la langue est un élément-clé de la représentation. Comme l’oeuvre porte toujours un regard rétrospectif, à moins d’inventer une machine à remonter dans le temps, il ne sera jamais possible d’être sûr à 100% de la façon de parler des esclaves de l’époque. Le phrasé, l’intonation, le vocabulaire permettent de distinguer les esclaves entre eux. C’est parce qu’elle maîtrise plusieurs langues africaines et qu’elle apprend rapidement l’anglais qu’elle survit. [  Cela commence dès la traversée du bateau où elle sauve une femme enceinte que les marins voulaient jeter à la mer en promettant qu’elle l’aidera à accoucher. Les quelques mots d’anglais qu’elle apprend pendant le voyage lui permettent d’attirer la bienveillance de la femme esclave qui fait office de gouvernante dans la plantation où elle se retrouve. C’est cette femme qui lui apprend à  lire. Une fois adulte, si Chekura arrive à la retrouver, c’est parce qu’elle est connue comme la sage-femme qui parle plusieurs langues. Elle fait exprès de faire des fautes de grammaire quand elle s’adresse aux Blancs et, quand elle oublie de mal prononcer un mot, elle retient l’attention de Solomon Lindo qui la rachète pour en faire sa comptable. Sa maîtrise de la langue la distingue des autres esclaves en fuite ou affranchis dont elle partage le quotidien après s’être enfuie. Elle leur apprend à lire et à écrire. Il y a d’ailleurs une scène poignante dans l’épisode 3 où son amie Beatrice est séparée de son mari Clayborne qui est arrêté et obligé de retourner dans la plantation de son maître. Beatrice crie à l’homme qu’elle aime “we is family”. La VF a utilisé la bonne grammaire “on est une famille”, mais cela ne retransmet pas la force de l’expression dans le contexte. ] Il y a tellement d’exemples où la voix d’Aminata joue un rôle dans l’intrigue que je m’arrête là. Je soulignerai juste le fait qu’elle se présente comme une jelli (je ne connais pas l’orthographe du mot) c’est-à-dire qu’elle est la personne qui transmet l’histoire de la communauté. Tout ce qu’elle fait au cours de l’intrigue fait d’elle aussi la voix des autres esclaves. Dans UDG, les femmes mènent la danse, et, soit dit en passant, cela vaut aussi bien pour les esclaves que pour les Blanches. Noah a trouvé le texte codé décrivant les étapes du chemin sous-terrain, mais il ne sait pas lire et demande à Moses, celui qui leur lit la Bible le dimanche, de lui dire ce qui est écrit. Sauf que Moses ne fait en réalité que mémoriser les passages que son épouse Pearly Mae lui lit à l’insu de tout de le monde dans le secret de leur foyer. C’est Pearly Mae qui leur crée des faux-papiers. De même, Ernestine multiplie les stratagèmes pour protéger ses enfants et manipuler les maîtres. Pendant la fuite, Rosalee aussi a plusieurs idées qui sauvent le groupe, d’où la logique du dernier épisode et des sous-entendus faits par rapport à ses futures actions dans la saison 2.

Conclusion

En utilisant des thèmes similaires, ces trois feuilletons dressent le tableau d’un système esclavagiste qui repose sur les mêmes techniques pour maintenir l’oppression sur une certaine catégorie d’individus. La violence physique est une chose, mais la mise en scène de la violence psychologique engendrée par l’esclavage concerne surtout les femmes. On ne les mutile pas comme les hommes, mais au fouet et aux coups s’ajoutent les agressions sexuelles régulières. Si l’approche française dans TA crée une structure narrative pour conserver à tout prix le lien entre esclave et maître, TBON et UDG élaborent une narration s’employant à détruire ce lien, d’où encore une fois l’importance de la représentation de l’acquisition de la liberté. Face à l’ambiguïté d’une Adèle affranchie en échange de se lier à jamais à son maître et qui refuse de partir, même quand elle en a l’occasion, Aminata, Rosalee et Ernestine se libèrent elles-mêmes de leur maître avec toutes les conséquences positives et négatives que cela a pour leur survie.

Pour en savoir plus sur les femmes esclaves :
– aux Etats-Unis : le dossier en ligne The Slave experience : Men, women and gender
– aux Antilles : Bernard Moitt, Women and Slavery in the French Antilles, 1635-1848, Indiana University Press, 2001. les travaux d’Arlette Gautier sur les femmes, les familles d’esclaves, notamment Les soeurs de Solitude. Femmes et esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle, Rennes, PUR, 2010 (réédition de 1985), 272 p.

Une fois n’est pas coutume, une fiction sur LA figure de la résistance au féminin dans l’histoire des Antilles francophones : La Mulâtresse Solitude d’André Schwarz-Bart .

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