[Review] Awkward Black Girl

Màj: avril 2017. La série adaptée des Mésaventures de l’Awkward Black Girl s’appelle “Insecure”. La première saison a été diffusée automne 2016 sur HBO. La seconde saison est en cours de tournage.

Il était plus que temps de parler de ZE webserie qui a permis de mettre en lumière les webséries des Noirs américains.

Lancée en février 2011, (The Mis-adventures of) Awkward Black Girl a été l’une des premières, si ce n’est LA première websérie africaine-américaine à faire le buzz. En 2 saisons de 12 épisodes d’une dizaine de minutes de chacun, Issa Rae dépeint la vie de Jay, une Los Angelesienne africaine-américaine qui travaille dans le télémarketing de produits pharmaceutiques et qui a l’impression de ne jamais avoir la bonne réaction dans des situations du quotidien.

Pour regarder ABG aujourd’hui, il faut se remettre dans le contexte d’il y a quatre/cinq ans quand les webséries n’étaient pas encore médiatisées. Les créateur.rice.s noir.e.s avaient décidé d’utiliser une plateforme où ils/elles pourraient exposer leur travail et gérer leurs projets de A à Z. Tous les projets étaient-ils de qualité ? Evidemment que non, mais cela reste de l’art et chacun peut y trouver son compte. Ce qui a fait la différence avec Awkward Black Girl est le changement de paradigme par rapport aux trois stéréotypes : “angry black woman”, “sexual black woman”, “super black woman”. Le personnage de Jay peut paraître d’une simplicité déconcertante et pourtant, c’est le type de personnage que la télévision et cinéma refusent encore aux actrices noires. Redisons-le : avoir un certain degré de mélanine ne signifie pas qu’il est nécessaire d’avoir recours au pathos ou au misérabilisme pour donner des moments de fragilité, de vulnérabilité à un personnage.

La saison 1 fait amateur pro c’est-à-dire qu’on ressent l’enthousiasme créateur, même si l’exécution a quelques faiblesses. Ne serait-ce que par rapport au son, par exemple, il y a certains épisodes où il y a une sorte d’écho qui peut déconcentrer pendant le visionnage. La mise en scène est un peu chaotique parfois, mais comme je l’ai dit, cela souligne davantage la spontanéité du projet (et le manque de moyens financiers) que le manque de qualité. Personnellement, ABG n’est pas une série qui m’a fait rire, à part les scènes où Jay et White Jay sont ensemble. Je pense que ce sont les scènes les mieux écrites parce que l’aspect comédie n’est pas recherché. A la base, l’univers de ABG repose sur des personnages secondaires unidimensionnels hyper clichés de chez hyper clichés. Par exemple, dès le premier épisode, nous découvrons Jay qui fait tout pour échapper à son collègue nerd qui ne la lâche plus depuis qu’ils ont couché ensemble dans un moment d’ivresse. Il porte des lunettes, grimace tout le temps… Histoire de bien te faire comprendre que c’est le Steve Urkel que personne ne veut. Et je dis ça, mais en fait, non. Jaleel White jouait Steve Urkel dans la retenue parce qu’il savait que le look irréaliste qu’on lui avait donné était suffisant. Et même si Laura était subjuguée par Stefan, c’est bien de Steve dont elle est tombée amoureuse. Mais je digresse. C’est peut-être ce qui manquait dans la saison 1. De la nuance. De la femme qui met ses germes partout à la prêcheuse qui adore le sexe en passant par l’homme qui parle tellement bas qu’on n’entend pas un mot de ce qu’il dit… Cela fait une accumulation d’exagération quand on ajoute la patronne blanche qui se fait toutes les coiffures afro possibles et imaginables et la meilleure amie super hype tout le temps qui se transforme en caricature de black girl made in reality TV dès qu’elle voit un Noir. En réalité, le personnage de Cece seul tel quel pour contre-balancer Jay était suffisant comme pointe de folie sans avoir besoin d’en faire des tonnes avec les autres personnages.

Heureusement, la saison 2 rééquilibre le tout (mis à part quelques “no lesbo” et “no homo” qui traînent dans les dialogues et n’auraient probablement même pas été écrits si la série se faisait aujourd’hui). Les personnages secondaires sont plus nuancés pour soutenir l’histoire de Jay et White Jay. Oui parce qu’au final, cela reste quand même une comédie romantique un peu déjantée. C’est la première fois que Jay sort avec un Blanc et le manque de communication crée des quiproquos sans forcer le trait. Les intrigues explorent davantage le personnage de Jay dont on découvre les peurs et les espoirs. Cela va de l’inévitable stress de la première fois, White Jay ou pas White Jay, à la panique “je hais ma vie, je dois changer de travail, mais quoi faire?”. En somme, des problèmes universels. Le dernier épisode de la saison 2 finit sur un cliffhanger et quelques interrogations, notamment sur l’absence de Fred et Nina… Aurons-nous la réponse un jour ?

En toute franchise, j’ai du mal à voir la websérie en format TV ou en format film. Tous les aspects qui la différencient des autres comme la mise en scène “vignette”, les interruptions dans la narration, certaines répliques offensantes de certains personnages… Je ne vois pas comment ça passerait à la TV, mais il est clair qu’un format long permettrait d’approfondir les intrigues et développer les personnages, surtout celui de White Jay dans l’univers de Jay. Ce n’est pas le sujet ici, mais il est quand même intéressant de voir que la sur-représentation des couples mixtes et la sous-représentation des couples 100% POC dès qu’il y a un personnage noir auquel il faut trouver un partenaire amoureux repose sur le même casse-tête pour les scénaristes/producteurs/directeur de programme : comment représenter la femme non-blanche ? Comment la rendre désirable quand la société n’admet qu’une seule vision de la beauté ? C’est pour cette raison que ces femmes doivent elles-mêmes prendre la plume, pardon, s’asseoir devant le clavier de leur ordinateur et offrir une autre grille de lecture. C’est aussi ça, Awkward Black Girl. C’est un exemple de femme noire qui a réussi à montrer sa vision au public et elle aide d’autres projets dont certains sont un succès comme “First” (fangirl squeal).

Quand je vois toutes les références à la black culture US des années 90-début 2000, je me dis qu’Issa Rae et les auteurs qui ont travaillé avec elle se sont faits leur petit kiff nostalgie. L’épisode “The Party” dans la saison 1 en est un condensé, mais ce parfum des années 90 flotte toujours dans l’air jusqu’à la fin (mes “Are You That Somebody” feels~). Certes, il y a ces références, mais elles ne sont pas stigmatisantes. Oui, Jay aime le rap ratchet, et elle aime les sushis. Oui, elle a les cheveux courts, non, elle n’est pas une bonne danseuse et ne fait pas une taille 36. Elle est un mix de clichés qui sont généralement séparés pour raisons mélaninesques… comme le prouve son parcours depuis le succès de ABG et sa difficulté à imposer ses idées auprès des networks. Mais, elle persévère et teste de nouvelles plateformes.

Pour résumer, ABG n’est pas, pour moi, la meilleure websérie au monde parce que l’écriture plaque des clichés qui ne me font pas rire personnellement mais qui ont le mérite de ne pas embrouiller le webstateur. Vous savez qui est qui. Il ne faut pas chercher un charme reversal, comme aiment dire les Coréens. Il n’y en a pas. Ce que vous voyez et vous comprenez est exactement ce qu’il faut voir et comprendre. Néanmoins, ABG fait passer un bon moment. Pendant quelques heures, cette websérie donne à voir des situations d’une Noire ordinaire avec une vie ordinaire mais une pointe de folie.

Twitter : @issarae
Chaîne Youtube : Issa Rae
Site : issarae.com

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