[Review] The Unwritten Rules

J’ai longtemps hésité sur le choix de la websérie pour lancer cette chronique. Bien que mon introduction au monde merveilleux des webséries m’ait été faite par “Awkward Black Girl”, c’est “The Unwritten Rules” qui m’a réellement donné envie d’explorer cet univers de créativité.

Titre: The Unwritten Rules
Auteur: Kim Williams
Nombre d’épisodes : 29 répartis en 3 saisons
Durée des épisodes : environ 6 minutes (saison 1), puis cela varie entre 10 à 20 minutes+
Mes 3 épisodes préférés: Episode 4 – Let’s Talk About Hair ; Episode 24 – Color Blind ; Episode 29 – “Thankful and Giving” (dernier épisode)

Découverte

C’est donc par un jour (probablement vers 2 ou 3 heures du matin) de printemps 2013 que Youtube m’a suggéré une vidéo. Je clique, mais je m’aperçois au titre que ce n’était pas l’épisode 1. Clic et clic. Je le trouve et m’intéresse aux infos disponibles sur la chaîne. Je découvre que cette websérie est adaptée de 40 Hours and an Unwritten Rule: The Diary of a Nigger, Negro, Colored, Black, African-American Woman, roman paru en 2004. Le long titre me laisse perplexe et m’intrigue. L’auteur, Kim Williams, décrit le parcours de Raceyneisha, Racey pour faire simple, qui apprend à naviguer dans le monde de l’entreprise majoritairement blanc.

Thèmes

Intriguée, je lance l’épisode 1.

Cet épisode réunit tous les éléments de la saison 1: humour, ironie et sincérité. C’était rafraîchissant de voir sur un écran des situations dans lesquelles je me suis retrouvée. Certes, dans la vraie vie, quand on vous fait des remarques sur “votre culture” (et je mets bien les guillemets parce qu’on pourrait débattre de la notion de culture dans un monde qui se globalise avec une homogénéisation des références) en sous-entendant qu’elle est inférieure, vous avez rarement la possibilité de pouvoir répondre rationnellement sans passer pour celle qui prend tout au sérieux et ne comprend pas l’humour quand on vous balance des préjugés et des stéréotypes juste par rapport à la couleur de votre peau. Racey est cette jeune femme à la culture occidentale qui lui permet d’apprécier la cuisine “soul food” mais aussi les sushis. Tout au long de la saison 1, sont présentés des clichés que je suis sûre tout Noir a dû rencontrer dans sa vie : les réflexions sur vos cheveux (qu’on touche sans demander la permission), les réflexions sur le fait que vous ayez des diplômes (qui ne sortent pas d’une pochette surprise), l’incompréhension face au fait que vous ne soyez pas expert en rap et que vous écoutez tout type de musique… Bref, en un mot, “The Unwritten Rules” – saison 1 est une succession de mini-scènes dont le réalisme est à la fois atténué (par l’humour) et renforcé par les interludes où Racey réagit en laissant libre cours à la frustration qu’elle ne peut pas exprimer face à ses interlocuteurs. Les monologues de générique à la fin sont aussi une façon bien trouvée de résumer le thème de chaque épisode pour donner une voix aux personnages blancs.

A la fin du 11ème épisode, je suis tellement enthousiaste que je décide d’acheter le livre. Je suis tellement parano par rapport aux transactions en ligne que je vous assure que c’était vraiment un grand pas pour moi. Non seulement je voulais acheter le livre, mais je voulais une version physique. Au bout d’une semaine, ne voyant rien dans ma boîte aux lettres, je contacte l’éditeur qui se trouve être l’auteur même du livre. Elle m’explique que l’offre de frais de port gratuit ne concerne que les Etats-Unis et me propose donc la version e-book + remboursement de la différence. J’accepte et je dévore le livre en quelques heures. C’était la première fois que je lisais ce type de propos non politiquement corrects sous forme de littérature et non pas dans un esprit militant. Toujours enthousiaste, je contacte l’auteur pour la remercier et lui explique en long et en large à quel point à 10 ans d’intervalle, sur deux continents différents, les expériences sont les mêmes. Je vous passe la réponse très gentille qu’elle a pris le temps de m’écrire, surtout que je ne m’attendais pas à ce qu’elle me réponde.

La saison 2 marque un changement de ton. Cette fois-ci, Racey n’est plus la seule minorité visible. Le fil conducteur repose sur la façon dont elle doit naviguer entre ses collègues blancs et noirs qui ne la trouvent pas suffisamment “Black” (j’emploie les guillemets et le terme en anglais exprès) mais pour différentes raisons. Les premiers sont perplexes parce qu’elle ne répond pas aux stéréotypes qu’ils ont, les seconds ont l’impression qu’elle trahit la communauté et pactise avec l’ennemi parce qu’elle ne répond pas non plus aux stéréotypes qu’ils ont d’eux-mêmes. L’accent est aussi mis davantage sur les discriminations dans le monde du travail et prépare le terrain pour une présentation renversée des rôles où le nouveau PDG de l’entreprise est une Noire.

A partir de 2min20. Cet épisode résume les critiques irrationnelles qu’un supérieur non-blanc compétent reçoit de toute part…

La saison 3 est, à mon sens, la plus représentative d’une satire sociale. A l’image du premier épisode où les rôles sont inversés et les personnages non-blancs se retrouvent en position d’égal à égal voire en position supérieure.

Cette fois-ci, Kim Williams va au-delà de la simple mise en scène des rapports entre collègues. Au détour des discussions entre personnages, elle met en lumière le manque de communication entre les communautés, la difficulté à comprendre que nous faisons tous partie d’une société et que c’est à chacun de faire des efforts pour réussir à trouver un équilibre où personne ne se sentira victime d’injustice, à tort ou à raison. Je précise quand même qu’il y a toujours quelques moments d’humour, mais c’est une saison où Racey s’interroge vraiment sur son avenir. Comment gérer ses rêves, ses ambitions quand l’obstacle à leur réalisation est la seule chose chez vous que vous ne pouvez pas changer ? Enfin, je crois qu’il est important de noter que les personnages ne sont pas racistes. Ils tiennent parfois des propos qui le sont avec tout l’enrobage du politiquement correct qu’on entend de nos jours, mais je crois que Kim Williams a fait particulièrement attention à montrer que ces propos sont exprimés plus par ignorance que par conviction personnelle. Ainsi, on peut noter une évolution dans le comportement de tous les personnages et leurs réactions dans certaines situations dans la saison 3 montrent une sensibilité (positive ou négative) qu’ils n’auraient pas ressentie dans la saison 1.

Exécution

Je ne vais pas m’attarder sur ce point, mais puisqu’il s’agit d’une websérie, il faut quand même parler de l’expérience visuelle. On sent la différence de budget entre chaque saison, la troisième étant celle qui fait la plus “pro”. Après avoir visionné plusieurs webséries, j’ai d’autant plus apprécié la qualité de l’image et du son proposée par “The Unwritten Rules”. Le jeu des acteurs est agréable, fait parfois même plus vrai que nature. J’avais découvert Aasha Davis dans le film Pariah et je l’ai trouvée parfaite dans le rôle de Racey. Sara Finley (Kathy, la supérieure directe de Racey) est tout simplement excellente en réussissant à exprimer tous ces clichés négatifs avec la bonne foi qui les accompagne de la façon dont j’ai été beaucoup trop témoin dans mon quotidien. Enfin, la musique. Il y a peu de chansons utilisées par épisode. Je pense que c’était pour ne pas distraire le téléspectateur puisque ce sont les dialogues qui sont importants, mais j’ai apprécié la bande-originale.

Conclusion

“The Unwritten Rules” a de quoi déclencher la colère, l’indignation, la frustration pour quiconque aurait l’impression d’avoir vécu au moins une des expériences de Racey. Déclarer que cette websérie est dans l’exagération, qu’elle dresse un tableau trop négatif de la réalité serait réellement de la mauvaise foi et de l’hypocrisie. Par contre, je pense qu’elle peut pousser tout à chacun à s’interroger sur son comportement dans son rapport à l’autre, sur certaines attitudes qu’on peut avoir sans penser à mal mais qui sont perçues comme blessantes pour d’autres.

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3 Comments

  1. Bienvenue au club des webséries 😀 ça fait un bail que j’ai regardé Awkward Black Girl, puis j’ai arrêté de regarder The Unwritten Rules…la 2ème saison était moins bien que la 1ère (en tous cas là où je me suis arrêtée mais je changerai p’têtre d’avis en regardant à nouveau). Ton article me donne envie de reprendre la websérie. Je dois dire que cette série m’a vraiment fait aimer le “format en ligne”. ABG a titillé mon intérêt mais c’est TUR qui a été révélatrice, un sujet différent des relations de couple, et de l’humour! Et on s’y retrouve, je te comprends là-dessus.

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    1. Je pense que les premiers épisodes de la saison 2 sont un peu déconnectés de l’aspect “ambiance bureau” et sont moins centrés sur Racey, mais ça vaut quand même la peine d’aller jusqu’au bout. 😀

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      1. OK 🙂
        J’ai de bons souvenirs de An African City, une autre websérie, mais le sujet est moins sérieux (quoique) que le monde du travail, mais c’est fun à voir. En tous cas, si tu as d’autres webséries dans le genre The Unwritten Rules, je prends!

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